Le travail de Pauline Tonglet combine art et fiction, histoire personnelle et passé commun, vieux documents et démarches plastiques, émotions iconographiques et construction artistique.

Les débuts de ses créations partaient de cartes postales, de clichés photographiques familiaux dotés d’une forte charge émotionnelle. Elle y associait des bribes matérielles liées à ses premiers souvenirs.  Le temps de sa maturité aidant, elle quitte le champ des albums personnels pour investir  une mémoire visuelle collective plus large.  Ses œuvres peuvent dès lors être lues comme des reportages poétiques d’un moment de notre civilisation, des traces, des strates de sa culture, de notre culture globale.

A partir de vieux documents collectés au hasard des rencontres, de vieux courriers vibrants de messages évanouis, de patrons de couture aux savoureux papiers de soie, aux délicats pointillés, de cartes géographiques aux frontières obsolètes, de pages de magazines si vite démodés mais tellement révélateurs de nos esprits volatiles, l’artiste découpe, arrange, assemble par genre, par thème et intuitivement crée un nouvel univers où lesingrédients peuvent encore parler individuellement mais de surcroît exprimer une réalité inédite. Leur proximité, leur nouveau voisinagedéclenche un message différent, une autre vérité.

Ainsi cheminant, l’artiste  avouevouloir rendre à chacun de ces ingrédients exhumés une nouvelle vie, un coup de lumière sur des traces destinées à la casse et à l’oubli, raconter une deuxième histoire aussi belle sinon plus passionnante que celle pour laquelle ils étaient prédestinés.

L’intérêt de tels tableaux-patchwork réside non seulement dans la somme de ses composants mais aussi dans l’intelligence intuitive de leurs rapprochements : les voilà réunis dans le tableau tantôt pour leurs affinités formelles, tantôt pour leurs contrastes chromatiques, leur parenté stylistique ou leur effet contagieux.Nous pouvons lire ces collages à la Prévert comme de véritables poèmes lisibles par chacun. Que nous disent-ils ces calligrammes ? Le mystère de l’enfance, la fascinante force de la Nature, l’angoisse du Temps qui passe et qui dévore, le  voyage sur la piste des hommes, la solitude ou l’absence. Rien d’appuyé cependant : rythmes, couleurs et dynamiques donnent à chacun de ces tableaux rehaussés de sensibles dessins personnels à la fois puissance et fascination.

Louis Richardeau, août 2012